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Le Roy Ladurie

Emmanuel Le Roy Ladurie

Né en 1929, Emmanuel Le Roy Ladurie est normalien, agrégé d’histoire et docteur ès lettres. Il a été professeur à Montpellier de 1953 à 1969, professeur à l’université Paris-VII de 1970 à 1973, administrateur général de la Bibliothèque nationale de 1987 à 1994. Professeur au Collège de France depuis 1973 (il succède à Fernand Braudel dont il fut d’ailleurs le disciple), il est membre de l’Institut (Académie des Sciences morales et politiques) depuis 1995, et membre du comité de rédaction de la revue Les Annales.
On doit à Emmanuel Le Roy Ladurie une vingtaine d’ouvrages et quelques dizaines d’articles savants. Sa bibliographie reflète bien la multiplicité de ses centres d’intérêt : Emmanuel Le Roy Ladurie ne se cantonne pas, comme beaucoup d’historiens, à une période unique de l’histoire, à un territoire précis, à une thématique particulière. Son inlassable curiosité et son absence de préjugés l’ont ainsi conduit à s’intéresser, successivement ou parallèlement, au monde rural (Les Paysans de Languedoc sous l’Ancien Régime, sa thèse ; Montaillou, village occitan, étude d’une communauté paysanne du Midi au tournant du XIVe siècle d’après l’enquête de l’inquisiteur Jacques Fournier, étude parue en 1979, et vendue à plus de 100 000 exemplaires) ; à la façon dont les hommes des XVIIe et XVIIIe siècles, à travers le duc de Saint-Simon, se représentaient la société – radicalement inégalitaire – de l’Ancien Régime (Saint-Simon ou le système de la Cour, 1997); aux questions religieuses (la réforme de la Suisse à travers une famille de médecins bâlois de la Renaissance : Le Siècle des Platter, 3 tomes, 1995-2006) ; à l’histoire politique (les deux volumes de l’Histoire de France, Hachette : L’État royal, 1460-1610, paru en 1987 ; L’Ancien Régime, 1610-1770, paru en 1991 ; Ouverture, société, pouvoir. De l’édit de Nantes à la chute du communisme, paru en 2005) ; aux phénomènes qui affectent la longue durée (Histoire du climat depuis l’an mil, paru en 1967 ; notons par ailleurs ses importantes collaborations à l’Histoire économique et sociale de la France, à l’Histoire de la France rurale et à l’Histoire de la France urbaine, ainsi qu’à l’Histoire humaine et comparée du climat. Canicules et glaciers, XIIIe-XVIIIe, vol.1, 2004, Disettes et révolutions, 1740-1860, vol.2, 2006.)
Comme ses livres, ses articles spécialisés portent sur tous les thèmes de recherche de la « nouvelle histoire »: démographie, histoire des mentalités, histoire du livre, histoire des idées et des sciences, économie, etc. Il est nécessaire, aussi, de dire un mot de son style qui n’est pas celui, souvent compassé, de ses collègues historiens. Habité du constant souci de faire pénétrer son lecteur dans des mondes difficiles à cerner pour l’homme d’aujourd’hui, il émaille son propos de métaphores éclairantes, de néologismes et de mots du vocabulaire ancien. Sans jamais commettre le péché mortel de l’historien – l’anachronisme –, il ne craint pas, par un clin d’œil bien placé, de rapprocher tel aspect du passé avec la réalité contemporaine.
Il ne faudrait pas oublier, enfin, l’infatigable lecteur et le chroniqueur à l’œil infaillible qui, dans Le Monde, Le Nouvel Observateur, L’Express et à présent Le Figaro littéraire, fait connaître au public les livres d’histoire qui comptent.
Historien de haute volée, administrateur (c’est lui qui a conduit la mutation de l’ancienne Bibliothèque nationale en Bibliothèque nationale de France), il est aussi spectateur engagé (il a été parmi les premiers intellectuels à dénoncer, dès les années 50, le péril totalitaire). Emmanuel Le Roy Ladurie est sans doute l’historien français vivant le plus connu à l’étranger – en Europe comme en Amérique –, et l’un des plus traduits.